top of page

Musique populaire : comment les paroles ont-elles évolué en 30 ans ?

Data Dingo
13 juil. 2024
4 min de lecture

Spoiler : le ton a bien changé, et de façon significative !


J'écoute beaucoup de musique mais dois avouer être très déconnecté des "succès" populaires. Ayant toutefois l'impression qu'en toile de fond, une grosse évolution avait eu lieu, j'ai voulu en avoir le coeur net...




Ma méthodologie

Elle est en fait assez simple, un vrai travail d'équipe :

1. On prend les plus gros succès : On a fouillé les archives du SNEP pour récupérer les 100 plus gros succès en France pour chaque année de 1994 à 2023

2. On récupère les paroles : lyrics.ovh a fourni les paroles d'une grande partie de ces chansons

3. Analyse assistée : GPT-3.5 quant à lui a décortiqué la langue utilisée, et a mesuré le niveau de violence, romance, et vulgarité des chansons. Je dois avouer qu'étudier et analyser manuellement les paroles des quelques milliers de chanson me paraissait un peu fastidieux...


Ce qui en ressort


1. Le duel des langues

L’anglais et le français se sont relayés en tête des langues, avec généralement une prédominance pour l'anglais... jusqu'en 2016.

Mais depuis, le français prédomine largement.

Cocorico ?




2. Le changement de ton

Autre chose s'est produit au même moment.

Depuis 2016/2017, les paroles des chansons ont pris un virage brutal. Moins de chansons d’amour à la sauce guimauve, et plus de violence et de vulgarité. Si on ne garde que les chansons que GPT a classé 4/5 ou 5/5 sur ces deux critères, la progression est radicale.

Ci-dessous le nombre de titres "hardcore" sur les ~60 par an dont les paroles ont été analysés :


Il y a toujours eu de temps à autre quelques titres anglophones qui rentraient dans cette catégorie et qui ont eu du succès (Puff Daddy, Dr Dre, Eminem, etc.) mais cela restait et reste rare. C'est bien la chanson francophone qui est à l'origine de ce mouvement depuis 2016.


Sans aucune surprise, en parallèle, les chansons d'amour ont nettement moins la côte :




3. Enfin, plus précisément c'est le hip-hop

Les chansons notées 4 ou 5 en violence et vulgarité ? Exclusivement du rap.

Sur 63 titres, on n’a qu’une exception... Mylène Farmer avec son "Fuck Them All", que personnellement j'avais totalement oublié (voire pas connu). Une chanson très féministe et engagée, et qui hormis un petit pont de rap à l'intérieur (et oui !), détonne totalement avec le reste (d'ailleurs, la vulgarité reste en anglais... pudeur oblige).

Les 62 autres sont du rap.


4. Changement de vocabulaire

Quand on regarde les mots utilisés, le mot "amour" a dégringolé, malgré plus de chansons en français. Mais attention, c’est plus compliqué qu’il n’y paraît ! "Cœur" a triplé, et des mots comme "aime" et "monde" sont en hausse.


Mais, qui est le grand gagnant ? C'est "Argent" a fait un x5 entre les deux dernières décennies. Et pourtant, le mot est peu utilisé dans le gangsta rap français, même si le thème est omniprésent, pour ne pas dire prédominant. Mais les expressions sont plus diverses (la plata, la liasse, les sous, le biffton, etc.)


Les best of the best

Si vous n'avez jamais vraiment écouté, voici qui sont les plus prolifiques (parmi ceux qui ont suffisamment de succès pour être dans ce classement)


...et quelques perles du top-3 sur différents thèmes :


  • L'argent

Booba - "Illégal" : "Ma prof m'a dit : Qu'est-ce tu vas faire quand tu seras grand renoi ? Rien, j'veux faire de l'oseille"

Booba - "92i Veyron" : ''Grosse bite dans la chatte du SMIC'

Ninho - "Zipette" : 'J'arrive en full Givenchy, j'prends la moula et arrivederci. Et désormais, j'veux 30 000 euros pour le showcase'

Ninho - "Fendi" : 'j'irai claquer le biffton chez concessionnaire en Allemagne. Parti pour être rico, si j'suis pobre, j'suis un rhatail'


  • La violence & les armes

Booba - "Friday" - 'Hey, on les réveille au son de la kalash. Les dorsaux remplis de schlass. J'serai au moins dans le cul de ta connasse'

Ninho - "La vie qu'on mène" : '357 Magnum, pas de grappling (grappling), y a la volaille qui rapplique'

Niska - "Mauvais payeur" : 'Bah ouais gun dans le fut (...) Bah ouais on les fuck (...) Fallait payer, payer, payer, payer. Là t'es mort, mort, mort, mort, mort'


  • La drogue

Ninho - "Zipette" : 'Vive le terrain de shit et d'beuh, 20 kilogrammes dans la citadine'

Niska - "Mauvais payeur" : ''Je vends la beuh. Les grands du tié-quar nous formaient dans la cave'


  • L'homophobie

Ninho - "La vie qu'on mène" : 'A deux doigts de péter l'million, mais ce pédé s'fait désirer'

Booba - "Inédit" : "C'est B2O, tu te rappelles de moi pédé... Laisse-les boycotter mon son, on a leur cul dans le sonar'

Niska - "Murder 2.0" : "Les p'tits pédés me critiquent"


Petit cadeau bonus de Booba dans "Illégal" : 'J'vais rentrer au pays. Marié, quatre grognasses qui m'obéissent'.

Je me rends compte que j'ai oublié le sexisme dans les thèmes, mais évidemment il n'est pas absent.


Bref.

Les chansons en France, autrefois pleines de romance et de douceur, ont pris un tournant vers la violence et la vulgarité, particulièrement dans le rap francophone.

Ou du moins celui-ci a atteint le succès.

Mais en pratique, c'est bien celui-ci qu'écoute une grande partie de la nouvelle génération et qui aura nécessairement du mal à ne pas imprimer les valeurs qui vont avec.

Commentaires


bottom of page